LA TONTE
Cette pièce, est en sympathie aux animaux que l’on tond au printemps.

J’abrite un amas de poils sous un parapluie de cuir. J’ai choisi le velours d’agneau, est une peau très fine car ne possédant pas de qualité imperméable. J’inverse l’emplacement des poils, normalement sur la peau en les plaçant sous elle.

Une inversion du rapport de protection-exposition. Jeu absurde, censée être étanche, la peau que j’utilise est perméable.

 

"Tout ce qui renvoie aux « enveloppes charnelles » de l’animal, (peau, poil, plume, fourrure, ayant fonction de protection de son corps, de parure corporelle, dont les formes, les couleurs, les textures, qui signent le genre, l’espèce, varient à l’infini), sans compter « l’armature » que sont les composantes osseuses du squelette, l’artiste les récolte, les collectionne, les récupère pour les mettre en œuvre en tant que matériau.

 

Ces derniers, dans leur large majorité, traduisent métaphoriquement une « ambiance » chamanique et rendent compte nécessairement d’une perception animiste du monde dont l’artiste se sent imprégnée. Les dispositifs qu’elle met en scène témoignent ainsi d’une sorte de vision intérieure, ce qui n’est pas la moindre des singularités de son travail créatif (St. Jucker ne parle-t-elle d’ailleurs pas à ce propos d’une pratique de l’art comme « activité visionnaire » ?). Partant du matériel organique collecté ici ou là dans la nature, et notamment sur les lieux de chasse, (telles sont, par exemple, les œuvres comme « Imposture » (2018), « La tonte » (2017), « Linceuls » (2016), « oiseaux abstraits » (2016-2019), l’artiste configure des installations que l’on pourra concevoir (au moins pour certaines) comme des emblèmes, des blasons, (elle emploie à ce propos le terme de « totémique») comme si l’utilisation des restes animaux permettait de s’approprier leur puissance spirituelle en se plaçant dans une sorte de filiation originelle par une saisie sensible, esthétique, motivant pleinement cet objectif de « magnifier » (ce sont ses termes) la beauté des corps animaux, des animaux comme corps, comme formes, comme figures. Ce dernier terme fait d’ailleurs écho à ce qu’énonce Deleuze à propos des animaux peints de Bacon : « Le corps est alors Figure comme la Figure devient corps ». Même si ce propos s’adresse à une œuvre picturale, l’idée que « la Figure devienne corps », est la source d’une compréhension éthique du travail de Virginie Cavalier.""
 

Joël-Claude MEFFRE, LES INSTALLATIONS ANIMALIÈRES DE L’ARTISTE VIRGINIE CAVALIER - REMARQUES INTRODUCTIVES, 2021.