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VIRGINIE CAVALIER
Chuckwalla
VIRGINIE
CAVALIER
LA HUTTE
2024-2025. Série de 30 photographies encadrées. Tirages Frontier sur RC Satiné, 24 x 17,8 cm, passe-partout, retranscription textuelle de l'entretient du 09.11.2024 avec Frédéric et David.
Vue de l'exposition Ceux qui nous guettent, EMA Boulogne-sur-Mer, restitution programme de résidence Archipel porté par le FRAC Grand Large.
Crédit photo : Virginie Cavalier
La série de 30 photographies La hutte est issue d'une journée à accompagner Frédéric et David, deux chasseurs à la hutte en Baie de Somme, dans leur préparation de la volée du soir, à l'occasion du travail sonore Les veilleurs. Le format employé pour cette série affirme un travail documentaire, presque de l'ordre de l'archive avec l'emploi du passe-partout. La Baie de Somme est territoire, fortement marqué par la pratique de la chasse à la hutte, la proximité immédiate entre réserves naturelles et zones de chasse, mais aussi celles et ceux qui les occupent, sont des points qui ont attiré mon attention. Photographie purement observatoire, il s'agit au travers de cette série, de rendre visible cette pratique souvent privée, réservée aux initiés, dont le secret s’accroît avec l'aspect lucratif de la privatisation des huttes et des préoccupations écologiques grandissantes. Sous les photographies, se trouvent des bribes de la retranscription textuelle de l'audio capté ce jour là, mêlant technique, rapport à l'animal, sa consommation, description et réflexions autour de la disparition du gibier chassé.
"Dans la longue série documentaire La hutte, Virginie Cavalier juxtapose à ses images des extraits de ses échanges avec Frédéric et David, deux chasseurs du coin. Le réchauffement climatique qui modifie les routes migratoires, la sédentarisation de certaines espèces, la surchasse (170 huttes rien que pour la seule baie), le suréquipement, les facteurs sont nombreux pour expliquer l’attrition des prises. Particularité de cette chasse à la hutte ? Les pratiquants y sont assistés d’oiseaux, des appelants. Des couples de canards siffleurs, de sarcelles d’hiver, épargnés lors de captures (cependant mutilés pour rester à demeure) ou élevés dans l’optique de servir d’appâts vivants. Gardés captifs sur le plan d’eau, les malards et les femelles réagissent au passage des libres migrateurs par des appels. Le trouble suscité par La Hutte réside dans la rudesse des conditions de transport, l’enchainement, contrebalancé par la douceur de gestes et certains égards pour ces partenaires à plumes. L’attachement se mêle à l’utilité, peut-on pour autant penser une réciprocité. Dans les mots mêmes, se sent le lien à ces oiseaux qui sont parfois depuis longtemps avec eux, mais celui-ci relève-t-il de l’affection ou davantage de l’appréciation des talents de ces rabatteur.se.s ? Virginie Cavalier nous laisse y penser, s’interroger sur ces cultures qui s’entrecroisent, elle ne décide rien pour nous. Elle soulève doucement le voile de certaines réalités cruelles. Volées du soir révèle la brutalité des conditions de vie de ces oiseaux. La matité du tirage au format de leur cage de transit en accentue l’exiguïté et la corrosion des barreaux produit un effet sanguinolent glaçant. Les corps d’oiseaux à peine visibles dans l’obscurité semblent compressés. Un oiseau sauvage maintenu en captivité perd-il sa langue ? Son langage s’appauvrit-il ? Les chants aviaires sont-ils immuables ? Chez les oiseaux « cultivés » par le bon vouloir des humains, comment les dialectes se modifient-ils ? Les questions se bousculent devant cette animalité encagée à qui la vie libre et sauvage est refusée. Dans ces traditions de chasse, l’imitation humaine peut aussi fonctionner pour attirer des nuées curieux.ses. Depuis les confins de nos civilisations, la communication avec les oiseaux par la reproduction de la prodigalité de leurs partitions sonores constitue un exploit 1."
1 Marie-Pauline Martin (dir.), Musicanimale. Le grand bestiaire sonore, catalogue d’exposition, Philharmonie de Paris, Paris, Gallimard, 2022.
Bénédicte RAMADE
Extrait de “ L’ÉTHIQUE DE L’OISEAU ”
Historienne de l’art
Critique et commissaire d’exposition indépendante spécialisée dans les enjeux environnementaux et écologiques artistiques.
Enseignante à l’École des arts visuels et médiatiques de l’Université du Québec à Montréal
Lauréate du Prix d’excellence en recherche et en recherche-création pour les personnes chargées de cours de la Faculté des arts en 2024
Département d’Histoire de l’art et d’études cinématographiques, Université de Montréal
Chasseurs à la hutte en Baie de Somme. 59:04 minVirginie Cavalier
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