LO LOP, LO RAINARD, LA LEBRE
Travail en cours d'une série d'illustrations en lien avec la bourrée Auvergnate Lo lop, lo rainard, la lébre.
Sous inspiration du poéme de Joël-Claude Meffre.

La ronde éperdue du

LO LOP, LO RAINARD, LA LÈBRE

 

Ai vist lo lop, le rainard, la lèbre

Ai vist lo lop, lo rainard dançar

Totei tres fasián lo torn de l’aubre

Ai vist lo lop, le rainard, la lèbre

Totei tres fasián lo torn de l’aubre

Fasián lo torn dau boisson folhat

 

...Vieille chanson qui se chantait autrefois dans le Massif Central,

où trois animaux, le loup, le renard, le lièvre,

tournaient, tournaient autour de l’arbre.

C’était une danse folle qui ne s’arrêtait pas.

Ritournelle sans fin.

 

Et je me dis que tant qu’il y aura des hommes sur la terre

ils se prendront

à rêver de rondes d’animaux qui, d’ordinaire,

ne se rencontrent jamais.

 

Des rondes d’animaux étrangers les uns des autres,

entraînés par des rythmes étourdissants, par une mélodie ensorceleuse

dans une course folle autour d’un arbre,

dressé au fond d’une clairière.

 

Ces trois bêtes n’avaient pas été réunies par les hommes.

Et plutôt que de les croire envoûtées

par une musique qui les subjuguerait

disons qu’elles se couraient après, de plus en plus vite,

dans le seul but

de s’attraper pour s’étriper,

sans jamais pouvoir y parvenir.

 

On sait, par tant de légendes

que le renard ne cesse de vouloir gruger le loup qui,

hargneusement,

n’a qu’une idée : faire sa fête au renard éternellement fûté et retors.

Quant au lièvre, lui,

il fuit le renard que poursuit le loup pour échapper

à la dent de l’un ou de l’autre.

 

Leur danse autour de l’arbre n’était donc qu’une fuite sans fin,

qu’une incessante course-poursuite

circulaire

faisant perdre haleine,

menant au vertige,

dissolvant dans l’indistinction les formes de ces animaux,

les réduisant à n’être plus qu’un mouvement éperdu

dans le temps terrestre.

Et on imagine mal comment cela pouvait cesser,

autrement que par l’épuisement du joueur de cabrette

ayant accéléré le rythme.

 

J’imagine aussi que des hommes

avaient pu attacher les trois animaux à une corde

pour les faire tourner autour d’un piquet

comme s’il étaient tenus en laisse.

C’eût été un manège, en quelque sorte,

une attraction de cirque.

 

Mais je préfère imaginer le loup, le renard, le lièvre,

et puis le blaireau, la belette, le daim, et puis d’autres et d’autres,

libérés de la ronde infernale,

se dispersant soudain, chacun de son côté,

et prousuivre leur errance à travers des territoires

sans limites.

 

De chacun d’entre eux, il nous reste les vivantes images

des symboles qu’ils représentent,

incrustés dans le temps des vieux mythes agraires,

d’où se dégagent des parfums de sauvagerie,

de mystère, de force occultes,

des visions de crocs usés sous des babines humides,

d’oreilles ébréchées en constant éveil,

en constant mouvements de scrutation inquiète,

ou des fourrures luisantes, souillées, abandonnées sous les buissons.

 

Il est temps de rentrer chez soi !

Au fond de la clairière,

tandis que l’arbre seul s’épanouit dans le silence.

 

J’ai vu le loup, le renard, le lièvre

J’ai vu le loup, le renard danser

Tous les trois faisaient le tour de l’arbre

J’ai vu le loup, le renard, le lièvre

J’ai vu le loup, le renard danser

Faisaient le tour du buisson feuillu.

Joël-Claude Meffre, La ronde éperdue du Lo Lop, Lo Rainard, la Lèbre, 2021.